Pêche sous-marine au Cap Griz Nez
Peu de monde le sait, mais la pêche sous-marine est possible dans le nord, sur des zones très localisées.
Cela peut paraitre étrange de parler de pêche sur un blog de plongée, mais connaissant très bien le milieu de la pêche professionnelle, nous avons décidé ma famille et moi de ne plus manger de poissons provenant des filières professionnelles, pêche ou élevage. Cependant étant pêcheur sous-marin depuis ma tendre enfance, nous conservons ce moyen d’approvisionnement, que je trouve sain et responsable. Je fait en sorte d’achever mes poissons le plus rapidement possible (généralement à la remontée de mon apnée, soit quelques secondes ) et la météo du nord limite automatiquement le nombre de prélèvements dans une année.
Assez parlé d’éthique, revenons à nos moutons ou plutôt poissons ! En effet la région des caps nous offre une zone formidable aussi bien pour la pêche que pour les yeux.
Quand et les quotas :
La saison s’étend d’avril à novembre en fonction de la météo et des règlementations.
Par exemple, pour 2026 la pêche du bar est autorisée d’avril à fin décembre et le quotas est fixé à 3 poissons par jour. La maille est à 42cm.
Les bars reviennent à la côte début mai, mais la floraison planctonique “le vert de mai” fait que cette période est souvent difficile à exploiter. C’est pourquoi la véritable saison commence au mois de juin et va perdurer jusqu’au retour des tempêtes fin octobre.
Dans la région, la pêche se pratique en dérive, c’est à dire, que l’on se laisse prendre par le courant, que l’on dérive jusqu’à l’étale parallèlement à la côte, puis c’est le courant qui nous ramène à notre point de départ. Cette façon de pêcher rend les sorties très longues et sportives. C’est pourquoi la préparation de sa sortie, la bonne connaissance de la zone et de son matériel sont primordiales.
On a coutume de dire que les coefficients de marée supérieurs à 60 sont à réserver aux apnéistes aguerris.
Pour la météo, c’est tout bon dès que les vents sont offshore. Avec du vent on-shore, la visibilité est vite catastrophique dès qu’il dépasse 8 noeuds.
Le matériel :
Au niveau du matériel, un moyen de signalisation est obligatoire, une bouée avec drapeau. Dans mon cas, j’utilise une planche assez imposante, la Beuchat “guardian” qui permet d’être bien visible et de limiter les risques lors des belles journées. Elle présente l’avantage de pouvoir mettre les poissons à l’intérieur car chez nous, pas question de mettre les poissons sous la planche comme ailleurs. Les phoques veillent au grain et la sanction est immédiate.

Le second élément de sécurité est la ligne qui vous relie à la planche. Il faut pouvoir la larguer facilement, qu’elle ne s’emmêle pas dans vos palmes et qu’elle ne s’accroche pas aux rochers durant l’apnée. J’ai mis un peu de temps à trouver le bon setup, mais celui que j’utilise actuellement me donne entière satisfaction depuis plusieurs années. Il est différent de ce que l’on utilise dans le sud, où l’on cherche la discrétion, ici la sécurité prime du fait du courant. J’utilise de la corde flottante orange de 8mm, terminé par 8m de tuyau d’aquarium en 8m également et un plomb largable de 750 gr.

Autre élément de sécurité indispensable, le couteau ou plutôt les couteaux. La présence de filets, lignes de pêche rend cet équipement obligatoire, il servira aussi à achever le poisson. J’en utilise deux, un sur l’avant bras gauche, assez grand, très coupant et un second plus petit à la taille sur ma ceinture de plomb.

Pour les fusils, j’utilise du matériel simple, de vielles arbalètes “Marc Valentin” que j’ai upgradées avec un tube carbone et un trident MATC. Ici sans trident, chaque tir risque de vous faire perdre le fusil. Le trident a l’avantage aussi de choquer le poisson, rendant sa récupération très rapide. Des sandows très puissants entre 18 et 20mm de diamètre doivent être utilisé pour contrer le poids du Trident. Enfin l’ensemble est complété par un moulinet, pour éviter de perdre le fusil, si jamais le trident se coince. J’en ai toujours 2 avec moi, une 75cm et une 60 cm, que je choisi en fonction de la visibilité. De plus en cas, de soucis avec une, j’ai toujours la seconde en secours. Cette redondance, évite de faire une dérive sans pouvoir pêcher en cas de casse.

Dernier accessoires : les filets, car il vous en faudra 2, un pour mettre vos affaires et l’autres pour les prises. Après en avoir testé de nombreux, j’utilise celui de la marque Beuchat.
Les combinaisons seront forcément des modèles de chasse en néoprène refendu. Une seule combinaison en 5mm est suffisante pour 90% de la saison. Pour les plus mordus, une 7mm servira quelques sessions en avril ou novembre, mais ne vaut pas forcement l’investissement.
Une paire de crocs ou vieilles baskets est indispensable pour les longues marches ou escalade des falaises pour le Cap Griz Nez.

Les spots :
Il existe plusieurs spots, mais je vous en détaillerai ici uniquement deux, que je pratique 95% du temps, les autres étant vraiment anecdotiques. Chaque spot à une mise à l’eau différente pour la marée haute et la marée basse.
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Le premier, est le spot le plus orienté “débutant” : Audresselle. Ce petit village en plus d’être magnifique, possède un des rares fronts de mer rocheux de la côte et par conséquent offre de la vie et une visibilité qui permettent de s’aventurer sous l’eau en quête de poissons. Le courant y est beaucoup moins violent et la côte offre la possibilité de sortir de l’eau à n’importe quel moment. La mise à l’eau à marée haute s’effectue au sud, au niveau du parking à l’entrée du village, et à marée basse, au parking du noirda situé au nord.
Généralement, on se met à l’eau à marée haute, 1h30 après celle-ci. Le courant va vous faire dériver du sud au nord du village puis vous ramener à votre point de départ. Toute l’expérience est dans la gestion de la dérive, pour ne pas finir dans les zones de sables, au nord du village.
A marée basse, on peut se mettre à l’eau à l’heure exacte de celle ci et la dérive sera cette fois dans le sens inverse du nord au sud.
Audresselle est la zone la plus riche en crustacés, homards et araignées ( la bonne période est mai/juin/juillet, à partir d’aout elles commencent à muer et sont souvent vides, il est inutile de les sacrifier pour rien)
Par contre il faut faire attention aux multiples casiers et filets posés par les professionnels et les plaisanciers.
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Le deuxième spot, le cap gris nez est le spot pour “confirmés”. Du fait de courants beaucoup plus violents et par l’impossibilité de sortir de l’eau une fois. En effet en longeant les falaises du cap, il n’y a pas possibilité de mettre pieds à terre. Là encore? plus qu’à Audresselle? la planification de la sortie prend toute sont importance.
A marée haute, la mise à l’eau s’effectue au lieu dit le “cran aux oeufs”, 1h30 après l’heure de marée haute. L’étale survenant 3h après l’heure de marée haute, vous partez pour 1h30 de dérive. Généralement cela vous emmène au niveau du phare du CROSS.
A marée basse, la mise à l’eau se fait au parking de la sirène en bas au nord du cap. La mise à l’eau se fait à l’heure de marée basse. Les courants sont plus compliqués à appréhender à marée basse, il existe un contre courant si vous restez trop au bord. sa compréhension vient avec l’entrainement et les erreurs.
Les effets de caps font que la visibilité y est vite très mauvaise. Dès que la mer est un tant soit peu agitée, il vaut mieux se rabattre sur Audresselle. Il y a par contre un peu moins de filets et de casiers. Le danger vient plus des plaisanciers lors des belles journées, qui pêchent à la traine sans faire trop attention à ce qu’il se passe devant eux. Restez attentif aux bruits de moteur !
Les crustacés sont plus difficiles à attraper avec le courant, il faudra les chercher durant l’étale. Par contre, la vie est plus concentrée qu’à Audresselle. Les bars sont plus nombreux et gros, vous pourrez croiser des lieux jaunes, mais souvent non maillés ( 42 cm également pour le lieu ). De temps en temps, des balistes, truites de mer font partie des curiosités que l’on peut croiser mais restent exceptionnelles.
Et si la pêche ne se fait pas, vous ne repartirez jamais bredouille si vous profitez du spectacle qui s’offre à vous en longeant le cap et ses falaises !
Extrait d’un vieux magazine APNEA, beaucoup de chose ont changé, mais l’info est là :









