Organisation de la KRIEGSMARINE dans le nord
Lorsque vous travaillez sur des épaves allemandes de la seconde guerre mondiale, il est indispensable d’essayer de comprendre l’organisation de cette force navale. Les recherches sont rendues possibles par le fait que L’amiral DONITZ, chef de la Kriegsmarine, n’ordonna pas la destruction des archives de la marine, contrairement au Maréchal GOERING pour la Luftwaffe. L’ensemble de ces documents sera microfilmé par les vainqueurs et plus tard numérisé par les services des archives de chaque pays.
Si les grosses unités de surface allemandes, telles que le Bismarck, le Tripitz ou les U-boots sont relativement connues du grand public, les unités de moindre importance sont totalement inconnues. Elles ont cependant constitué la colonne vertébrale de cette force et leur interaction avec les forces britanniques, puis américaines dans notre région, ont rythmé la vie de notre littoral durant les 4 années de l’occupation.
Pour organiser la défense des côtes occupées, la Kriegsmarine a séparé les côtes belges et françaises en plusieurs secteurs, chacun étant pris en charge par une « division de sécurité » – SICHERUNGSDIVISION. Chaque division était responsable de la protection des différentes bases navales dans son secteur et des différentes missions qui lui était assignées : escorte des convois, poses des champs de mine, déminage des accès aux ports, chasse aux sous-marins adverses.
Notre secteur était sous la charge de la 2ème SICHERUNGSDIVISION, crée en 1941. Son QG était basé près de Boulogne au château de SOUVERIN-MOULIN.
Cette division utilisait plusieurs ports : Bruges, Ostende pour la Belgique et Dunkerque, Boulogne, Dieppe, Le Havre, Ouistreham et Cherbourg pour la France.
Juste avant le débarquement de juin 1944, la division se composait de 10 flottilles de combat :
- 4 flottilles de Raumboots :
2 ème Raumbootsflottille – basée à Dunkerque
4 ème Raumbootsflottille – basée à Boulogne
8 ème Raumbootsflottille – basée à Bruges
14 ème Raumbootsflottille – basée à Dieppe

Les Raumboots étaient de petits navires d’une quarantaine de mètres. Ces bateaux étaient utilisés pour le déminage au début du conflit mais firent rapidement office d’escorte de convois, de mouillages de mines et de patrouilles. Contrairement aux autres types de navires, ce sont des constructions spécifiques allemandes pour la Kriegsmarine, armées bien souvent d’armes légères ne dépassant pas le calibre 37 mm. La structure bois de la coque, fait que ce sont des épaves qui ne résistent pas au temps et aux chalutages intensifs de notre zone. Seuls subsistent les moteurs. Dans notre zone, avec les bancs de sables mouvants, aucun vestige n’est connu. Il faut se rendre en Normandie pour pouvoir en observer. Je vous invite à visiter le document écrit par le GRIEME sur les raumboots pour en savoir plus.
- 2 flottilles de Vorpostenboots
15 ème Vorpostenflottille – basée au Havre
18 ème Vorpostenflottille – basée à Bruges
Le matricule des navires commençait toujours par VP15xx pour la 15ème et VP18xx pour la 18ème

Contrairement aux Raumboots, il n’existe pas de type précis de VP-Boot. Plusieurs types de bateaux civils ont été convertis en navires armés à partir de prises de guerre. De nombreux bateaux de pêches, notamment des baleiniers se sont retrouvés en nombre dans ces flottilles, du fait de leur robustesse. Lourdement armés de canons de 88mm ou 105mm, ils constituaient la colonne vertébrale des escortes de convois. La 15ème VP flottille fut constituée en grande partie de navires allemands, baleiniers et de quelques chalutiers. Cette unité paya un lourd tribu, et les épaves de ces navires constituent une grand partie des épaves militaires de notre littoral. La 18ème, essentiellement constituée de navires belges fut beaucoup plus épargnée, aucune épave n’est connue dans notre zone.
- 2 flottilles de Minensuchboots
36 ème Minensuchflottille – basée à Ostende
38 ème Minensuchflottille – basée au Havre
Le matricule des navires commençait par M38xx pour la 38ème et M36xx pour la 36ème.
La Kriegsmarine disposait de 3 types de démineurs, les type M16, M35 et M40. Ces bateaux étaient issus d’un cahier de charges spécifique et furent de très bons navires durant le conflit. Le Jungingen faisait partie du type M16, bateau construit durant la première guerre mondiale puis modernisé pour répondre aux nouveaux besoins.

Cependant le manque de navires conduisit la Kriegsmarine à créer des flottilles de déminage issues comme les vorpostenboots de navires réquisitionnés. La 38ème composée de chalutiers hollandais, fut presque complémentent anéantie durant le conflit. Les restes de ces navires jonchent les fonds marin du Havre à Boulogne. Etant surtout constitués de petits chalutiers, les épaves sont pour la plupart en très mauvais état. La 36ème fut beaucoup moins impactée dans notre zone et je ne connais pas d’épave reliée à cette unité.
- 2 flottilles d’Artillerietrager.
Ces flottilles étaient constituées d’anciennes barges de débarquements, initialement prévues pour l’opération Seelowe, qui furent recyclées en plateformes fortement armées de canons anti-aériens, afin de protéger les ports de l’aviation alliée, de plus en plus présente.
2ème Artillerietragerflottille – basée à Boulogne
6ème Artillerietragerflottille – basée à Isigny sur mer

Particulièrement craintes par les aviateurs, la densité de l’armement de ces barges les rendaient extrêmement dangereuses. La spécificité de leur construction, souvent renforcée de béton pour le blindage, les rendant particulièrement instable, a fait que les nombreuses épaves de barges sont toute retournées quille en l’air. Une grande partie de ces navires fut coulée lors de l’évacuation des côtes françaises en 1944.
Pourquoi est il important de comprendre la structure de ces unités ? Parce que chaque branche hiérarchique de la Kriegmarine tenait des journaux de marches et d’opérations ( KriegsTageBuch ou KTB) en consignant jour après jour les événements se rattachant à leur fonctionnement. Les archives de la Kriegsmarine étant encore existantes, mais incroyablement nombreuses et mélangées, il apparait évidement qu’afin de savoir quoi et où chercher, la compréhension de l’organisation de cette force armée est impérative.